Il s’agit de Masera, une tante accusée d’avoir causé la mort de son neveu, Jean Julien, 8 ans, le 15 octobre 2021 à Ambodihady-Ambohidrapeto. Ce jour-là, le tumulte dans le quartier fut tel que les habitants, en colère, ont presque lynché la femme.
La greffière lit le dossier : « L’enfant, orphelin de mère depuis ses 2 ans, a été confié par son père à sa sœur, censée l’élever et l’éduquer à la capitale. Mais au fil des années, la vie du garçon s’est muée en calvaire. Masera, célibataire sans enfant, l’a maltraité. Les voisins l’ont vue le torturer avec des branches. Les enseignants ont constaté des bleus, pris des photos des enflures sur ses mains et ses pieds, et convoqué la tante pour l’avertir. Rien n’a changé. Les coups ont continué, jusqu’à ce que l’enfant meure ».
Cassation
Le président rappelle alors : « Monsieur le procureur, cette affaire avait déjà été jugée. L’accusée avait été condamnée aux travaux forcés à perpétuité. Mais il y a eu pourvoi en cassation, l’arrêt a été cassé, et nous en sommes à une nouvelle audience ».
Il se tourne vers Masera, vêtue d’une blouse blanche et d’une jupe longue : « Dites-moi, pourquoi on vous appelle Masera ? Vous êtes religieuse ? ». Elle répond calmement : « Non, c’est simplement parce que j’ai suivi une formation chez les sœurs ».
Elle se défend : « Je n’ai pas tué mon neveu. Ce n’est pas parce que je l’ai frappé qu’il est mort. Mon frère me l’avait confié, je l’ai aimé, je l’ai élevé et corrigé pour qu’il grandisse sur le droit chemin. Oui, j’avais un bâton de quarante centimètres pour lui faire peur quand il faisait des bêtises. Je le frappais parfois, mais jamais pour lui faire mal ni pour lui ôter la vie ».
Le juge l’interrompt : « Pourtant, il avait la main enflée et il est décédé. Continuez ! ».
Masera raconte : « Le 15 octobre, vers sept heures, je l’ai envoyé acheter une carte de recharge téléphonique. Une heure plus tard, il avait déjà déposé la carte à la maison, mais lui, je ne l’ai pas vu. Je suis partie le chercher. Des voisins m’ont dit qu’on l’avait payé 300 ariary pour surveiller des bidons à la borne-fontaine. Ensuite, il avait acheté de la pâte, comme me l’a indiqué une gargotière ».
L’enfant a perdu connaissance
Selon le dossier, elle l’a alors grondé et roué de coups. Elle a saisi une brique de terre, qu’elle a reposée sous les regards indignés des témoins. Elle a ramené l’enfant à la maison. Là, elle aurait continué à s'en prendre à lui avec une tringle de rideau. Les gendarmes ont découvert des bris de verre dans leur maison. L’enfant, blessé, présentait des lésions à la main. Tombé inconscient, il n’a pas été conduit chez un médecin. Masera l’a seulement aspergé d’eau froide dans la douche, à deux reprises, alors qu’il avait perdu connaissance.
Elle réplique : « Je n’ai pas frappé mon neveu avec la tringle de rideau. Il a trébuché dessus, la barre est tombée, la vitre s’est brisée et l’a blessé à l’oreille. Ensuite, il m’a dit qu’il voulait aller aux toilettes dans la cour. En descendant l’escalier, il a glissé et s’est effondré. Sa tête a heurté le sol. J’ai fait appel à un paramédical pour qu’il le soigne à domicile. Quant à sa main, elle était tuméfiée parce qu’il avait tenté de protéger son pied avec sa main lorsque je l’ai corrigé ».
Elle ajoute : « Mon neveu souffrait d’une maladie cardiaque depuis la mort de sa mère. Je ne comprends pas ce qui a vraiment causé son décès. Ce que je lui ai fait, c’était de la correction, pas une violence mortelle. Je pense même que c’est la chute dans l’escalier qui l’a tué. Après ça, il s’est plaint d’avoir mal à la tête. Il a perdu connaissance ».
Requalifié
Le juge a martelé : « Si les parents de l’enfant étaient présents aujourd’hui, que leur diriez-vous ? ». Il a tranché, implacable : « Remerciez Dieu de leur absence, car s’ils avaient été là, ils vous auraient infligé des coups plus violents que ceux que vous avez portés à leur fils ». Masera répond : « Je leur demanderais pardon. J’étais troublée quand j’ai rudoyé mon neveu. J’ai été dure, mais je pensais agir avec prudence. Cette année-là, des rumeurs de voleurs d’enfants circulaient à Ambohidrapeto. Je ne voulais pas qu’il reste dehors ».
L’avocat général remet l’affaire à la Cour. L’avocat de la défense plaide : « Si elle avait eu l’intention de tuer l’enfant, elle l’aurait fait lorsqu’il était plus jeune, à trois ou quatre ans. Or, elle l’a élevé pendant six ans. Elle affirme n’avoir voulu que le corriger, pour son bien ».
Après délibération, le verdict tombe : Masera est condamnée à sept ans de travaux forcés. Le chef d’inculpation de meurtre a été requalifié en coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort. Ayant déjà purgé cinq ans, il lui reste deux ans. Le président conclut : « Une peine de prison à perpétuité réduite à sept ans, c’est déjà une chance pour vous ! ».
Reportage judiciaire réalisé par Vanona








